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14-18 : Paroles de Poilus…

Vous voyez cette photo? une photos de poilus de + dans les tranchées me direz-vous : mais si vous regardez de + près, vous pouvez aperçevoir un soldat africain juste au milieu, le seul noir parmi ses camarades de combat, et il a l’air plutôt fier de servir sa Patrie et bien accepté dans sa section de régiment. Pour moi, cette photo a une valeur historique inestimable, n’oubliez pas qu’elle a été prise en 14-18, à l’époque encore des expositions coloniales et du chocolat Banania : c’est peut-être la 1ère photo française (j’exclue les régiments américains qui devaient déjà avoir à l’époque des soldats noirs) qui met en valeur le modèle d’intégration français remis en cause actuellement avec le pb des banlieues…+ que les photos des tirailleurs sénégalais où les soldats coloniaux étaient séparés des autres soldats de métropole, cette photo est un symbole, le symbole de l’égalité, de la fraternité et de la solidarité. 30 000 tirailleurs sénégalais sont morts pendant la Grande Guerre. Pour ceux que ça intéresse, il y’a un excellent dossier sur l’histoire des tirailleurs sénégalais et des soldats coloniaux + généralement sur le très beau site Capsurlemonde.org.

NB : déjà dans le formidable La vie et rien d’autre de Bertrand Tavernier, on pouvait voir 2 soldats africains qui aidaient un sous-officier français ( = François Perrot dans le rôle de Perrin) un peu perdu à dénicher le corps du futur soldat inconnu : quand je l’avais vu + jeune et + con, ça m’avait super étonné de voir des soldats africains en 14-18, je savais pas…

Aux Tirailleurs Sénégalais morts pour la France
Leopold Sedar Senghor, Hosties noires (Tour, 1938) 

(…) On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat Inconnu.
Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme.

On vous promet 500 000 de vos enfants à la gloire des futurs morts, on les remercie d’avance, futurs morts obscurs 
Die schwarze Schande !

Ecoutez-moi, Tirailleurs Sénégalais, dans la solitude de la terre noire et de la mort
Dans votre solitude sans yeux, sans oreilles, plus que dans ma peau sombre au fond de la Province
Sans même la chaleur de vos camarades couchés tout contre vous, comme jadis dans la tranchée, jadis dans les palabres du village
Ecoutez-moi, tirailleurs à la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de nuit. (…)    
Recevez le salut de vos camarades noirs, Tirailleurs Sénégalais
Morts pour la République

Des textes poignants que l’on peut retrouver dans la Collection Librio (1€50 seulement!) ou des extraits sur le net ICI

medium_paroles_de_poilus-couverture_livre.jpgGervais Morillon était le fils d’un contremaître poitevin qui travaillait dans une pépinière à Breuil-Mingot, tout près de Poitiers. Gervais fut tué à vingt-et-un ans en mai 1915.

« Tranchées-Palace, le 14 décembre 1914 (dés 1914, des actes de fraternisation !!!!)

Chers parents,

Il se passe des faits à la guerre que vous ne croiriez pas ; moi-même, je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu ; la guerre semble autre chose, eh bien, elle est sabotée. Avant-hier – et cela a duré deux jours dans les tranchées que le 90e occupe en ce moment – Français et Allemands se sont serré la main ; incroyable, je vous dis ! Pas moi, j’en aurais eu regret. Voilà comment cela est arrivé : le 12 au matin, les Boches arborent un drapeau blanc et gueulent : « Kamarades, Kamarades, rendez-vous. » Ils nous demandent de nous rendre « pour la frime ». Nous, de notre côté, on leur en dit autant ; personne n’accepte. Ils sortent alors de leurs tranchées, sans armes, rien du tout, officier en tête ; nous en faisons autant et cela a été une visite d’une tranchée à l’autre, échange de cigares, cigarettes, et à cent mètres d’autres se tiraient dessus ; je vous assure, si nous ne sommes pas propres, eux sont rudement sales, dégoûtants ils sont, et je crois qu’ils en ont marre eux aussi.

Mais depuis, cela a changé ; on ne communique plus ; je vous relate ce petit fait, mais n’en dites rien à personne, nous ne devons même pas en parler à d’autres soldats.

Je vous embrasse bien fort tous les trois. »

in GUÉNO, J-P, (s. d.), Paroles de poilus : lettres et carnets du front 1914-1918, Paris, Librio, 2001, p. 78-79

Gustave Berthler était un instituteur de la région de Chalon-sur-Saône. Il habitait Sousse, en Tunisie. Mobilisé en août 1914, Gustave a été tué Le 7 juin 1915 à Bully-les-Mines. Il avait vingt-huit ans.

« Le 28 décembre 1914

Ma bien chère petite Alice,

(…) Nos quatre jours de tranchées ont été pénibles à cause du froid et il a gelé dur, mais les Boches nous ont bien laissés tranquilles. Le jour de Noël, ils nous ont fait signe et nous ont fait savoir qu’ils voulaient nous parler. C’est moi qui me suis rendu à 3 ou 4 mètres de leur tranchée d’où ils étaient sortis au nombre de trois pour leur parler.

Je résume la conversation que j’ai dû répéter peut-être deux cents fois depuis à tous les curieux. C était le jour de Noël, jour de fête, et ils demandaient qu’on ne tire aucun coup de fusil pendant le jour et la nuit, eux-mêmes affirmant qu’ils ne tireraient pas un seul coup. Ils étaient fatigués de faire la guerre, disaient-ils, étaient mariés comme moi (ils avaient vu ma bague), n’en voulaient pas aux Français mais aux Anglais. Ils me passèrent un paquet de cigares, une boîte de cigarettes bouts dorés, je leur glissai Le Petit Parisien en échange d’un journal allemand et je rentrai dans la tranchée française où je fus vite dévalisé de mon tabac boche.

Nos voisins d’en face tinrent mieux leur parole que nous. Pas un coup de fusil. On put travailler aux tranchées, aménager les abris comme si on avait été dans la prairie Sainte-Marie. Le lendemain, ils purent s’apercevoir que ce n’était plus Noël, l’artillerie leur envoya quelques obus bien sentis en plein dans leur tranchée »

in GUÉNO, J-P, (s. d.), Paroles de poilus : lettres et carnets du front 1914-1918, Paris, Librio, 2001, p. 79-80

5 comments to 14-18 : Paroles de Poilus…

  • Bel homage sur les victimes de cette inhumaine guerre.

    Ecrit par : Insolent Verlaine | 11/11/2005

  • david

    "La vie est un long fleuve tranquille", c’est pas un film d’Etienne Chatilliez?
    Et je l’ai vu un paquet de fois: pas un poilu a y voir…
    Tres beau post cela dit, mais de quel film de Tavernier parles-tu?

    Ecrit par : david | 12/11/2005

  • Indie-Boy Traqueur

    Sorry : c’est "La vie et rien d’autre" avec Sabine Azéma et Philippe Noiret…y’en a qui suivent…ça m’arrive souvent ce genre de méprises quand les titres de films se ressemblent. Merci pour la rectification.

    Ecrit par : indieboytraqueur | 12/11/2005

  • Indie-Boy Traqueur

    Sorry : c’est "La vie et rien d’autre" avec Sabine Azéma et Philippe Noiret…y’en a qui suivent…ça m’arrive souvent ce genre de méprises quand les titres de films se ressemblent. Merci pour la rectification.

    Ecrit par : indieboytraqueur | 12/11/2005

  • En tout cas, c’est un super post. Le meilleur depuis un moment. Bravo.

    Ecrit par : michelsardou | 12/11/2005

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